October 17, 2010

Sauver le palais de Dhwahira : un devoir national

Même des  Moroniens natifs de la Médina, peu  savent que  la maison abandonnée, opposée à la Mosquée Duweda, dans la ruelle aboutissant au centre culturel du CASM,  fût la résidence royale  la plus élégante de Moroni , peut être de la Grande-Comore. En longeant  le Kalawe - l’ancien port aux boutres-  la coupole qu’on peut  entrevoir derrière les immeubles Said Mohamed Cheikh  (ex magasins SGAC ) n’éveille  aucune curiosité.

La Palais de Dhwahira ( ou Dhoihira ), avec  sa légende de  ruines hantées, de prisonniers emmurés, de princes zigouillés,  d’esclaves torturés  est ignoré et négligé de tous.  Même les enfants n’y jouent plus. Le site vaut la peine de franchir les détritus  et les ferrailles qui barrent l’entrée. Les restes du bâtiment témoignent de la volonté du Sultan Said Ali de se doter d’une résidence aux finesses architecturales en rupture avec l’austérité des habitations princières de Ngazidja. 

On imagine le sultan rêvant d’une résidence qui impressionnerait ses sujets comme Beit-el-ajaib, la Maison des Merveilles, pour les Zanzibaris.

Les résidents ne devaient perdre aucun détail des allées et venues des dignitaires de la ville entre les mosquées de Vendredi et de Mtsangani. L’actualité commerciale,  pouvait être suivie au sac et au baluchon près, des fenêtres de Dhwahira : petits boutres assurant la navette entre les îles,  « kotria » richement décorés reliant l’archipel à l’Inde,  gros boutres de Hadhramout et  d’Oman tapissaient le Kalawe, ce port au boutre qui fut longtemps le cœur de l’archipel, à un jet de pierre du Palais. Visibles au mouillage, les gros voiliers et navires à vapeurs des conquérants de l’hémisphère nord.

Dans la page  Facebook « Comores- Photos d’autrefois », un travail admirable d’un Moronien amoureux de sa ville,  la position stratégique du Palais apparait dans plusieurs images http://www.facebook.com/group.php?gid=129187410709

Le Palais de Dhwahira  mérite que les organisations de Moroni, CASM, CCLB, Bargum, AM Iroungoudjani, l’AFDM … s’informent, se mobilisent  et réveillent toutes les bonnes volontés pour que le sablier du temps ne fasse pas des ruines du Dhwahira la preuve indéniable de notre indifférence envers notre histoire, de notre in-culture. L’appréciation que l’on peut avoir du Sultan Said Ali est  dans ce cas, hors sujet. Dans le monde Il y a peu de demeures historiques royales  qui n’ont pas été bâties par les souffrances d’esclaves, de prisonniers  et/ ou les sacrifices des sujets.  Nous devons assumer notre histoire.  

Par ailleurs Moroni, a peu de références historiques repérables pour le visiteur. Une réflexion sur la rénovation de la Medina s’impose.  L’Architecte Mahmoud Keldi, honoré en France et en Afrique, systématiquement consulté sans suite dans son pays de naissance, est un de ceux qui peuvent crédibiliser et vitaliser cette œuvre de réappropriation de notre histoire pour construire un avenir décent. Son mémoire d’architecte DPLG a porté sur les médinas africaines. http://www.keldi-architectes.com/.

Plus prosaïquement, la remise en état de Dhwahira, comme premier ( ?) chantier de la rénovation de la Medina, signalerait que Moroni, capitale des Comores, se mobilise pour valoriser ses atouts de ville historique dans la perspective du boom annoncé, qui viendra bien un jour, du tourisme. Que le pays ne va pas se contenter de tourisme balnéaire , du sun, sand and sex.  La Medina est une mine d’or non exploitée. Ce fut le cas pendant des décennies  pour Stone Town,  le cœur de Zanzibar, qui, rénové, attire maintenant les visiteurs du monde entier. Les héritiers des demeures un temps délabrées en tirent aujourd’hui fortune et toute la population de Zanzibar en bénéficie. Ce sera aussi l’occasion de tendre la main à nos cousins de l’ouest, de la côte swahili sans qui, nous ne pouvons retrouver nos repères culturels et notre savoir faire artisanal.

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